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Made in Niort, mémoires ouvrières

La chamoiserie-ganterie

Une aventure de sept siècles

Au XIIIème siècle, on tanne déjà à domicile des peaux de… mouton et non de chamois ! La peau de chamois est le résultat du trempage des peaux dans des huiles de poissons. Avec la découverte du Canada en 1534, on importe des peaux d’élans et des huiles de poissons du Nouveau Monde en échange des vins de Saintonge et des étoffes de Gâtine. Mais, ce commerce cesse avec la perte de la colonie en 1763. Au XVIIIème siècle, Niort compte 13.000 habitants, dont plus de la moitié sont des chamoiseurs, regroupés en manufactures. En 1765, Thomas-Jean Main, fils de chamoiseur, part espionner la rude concurrence anglaise et ramène leur secret de fabrication : le ponçage des peaux qui les rend aussi douces que la soie. Cette (re)découverte donnera un second souffle à l’activité. En 1838, la première mutuelle niortaise est créée par les chamoiseries et les ganteries. Au XXème siècle, la ville traite par an 1,5 millions de peaux et produit 2,5 millions de paires de gants. C’est une véritable mono-industrie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Après 1945, la ganterie militaire et féminine périclite…

Les trieurs à grains

La France, les colonies et l’étranger sont les clients des grandes usines de trieurs à grains niortaises


Les trieurs à grains Marot (1840-1978)
Les trieurs Marot servent à trier et sélectionner les céréales, les légumineuses, les fèves de cacao... mais aussi les plombs de chasse... Plusieurs milliers de machines sont livrées à l'agriculture, aux brasseries, aux minoteries, aux fabriques de conserves... tant en France qu'à l'étranger ! En 1978, la société dépose le bilan mais, sous licence Marot, la production continue à Senlis (Oise) pour les besoins de l'Europe et de l'Afrique du Nord. La vingtaine de bâtiments est rachetée par la Ville en 1995. Située dans le périmètre de protection des sources du Vivier, leur reconversion est réduite à néant ! Néanmoins, un long bâtiment en L de 800 m2 et un fronton à droite de la grille d’entrée sont conservés comme témoins de ce passé industriel florissant !

Les établissements Clert (puis, Biscara)
Fondés en 1860, les trieurs à grains Clert sont repris, en 1910, par Georges Biscara. 130 machines sont exportées en Italie et une vingtaine en Egypte en 1898. Une caisse mutualiste est fondée en 1897 pour couvrir nombre de maladies. Les usines Biscara étaient situées aux Vieux Ponts. Aujourd’hui, c’est un parking qui porte leur nom.

Les industriels de l’automobile et du transport

La région est un des centres d’expansion de l’industrie automobile française dans les années 20


Les automobiles Barré (1899-1930) : un pionnier de l’automobile
A la fin du XIXème siècle, Gaston Barré, ancien armurier, confectionne à Niort des cycles et, plus tard, des tricycles et des quadricycles à moteur. En 1899, il construit une série de voitures à moteur de Dion Bouton à cylindre unique avec transmission par courroies. En 1902, l’industriel fabrique cinq modèles, exposés l’année suivante au salon de l’auto de Paris. La société, d’abord dénommée Cycles et Automobiles Barré, devient en 1906 les Automobiles Barré. La spécialité de la maison est la torpédo quatre places Barré transformable. Les places arrières peuvent être remplacées, par exemple, par un arrière de camionnette pour le transport de marchandises. Les usines s’installent d’abord au 39 rue Ricard (là où se bâtira en 1908 le Grand Café), puis au 11 avenue de la République (aujourd’hui Société Générale) en 1905. Elles seront ensuite transférées rues Tartifume, Langlois et Bastard-Pradel. Le siège et le magasin de vente de la société sont à Paris. Les voitures Barré participent en 1912 et 1913 au Tour de France automobile et se classent en tête. Au début des années 1920, 300 véhicules, presque toutes des modèles uniques produits en fonction du goût du client, sortent chaque année des fabriques. Le client pouvait relier Niort à Paris sur une dix chevaux en sept heures trente, casse-croûte compris. Plus tard, plus de 1000 voitures sont crées chaque année par une centaine d'ouvriers. En 1930, ne pouvant résister à la concurrence parisienne, les établissements ferment leurs portes après avoir mis en circulation 15.000 véhicules. A la même époque, Louis Renault fabrique des voitures dans le jardin de la propriété familiale de Billancourt. Paul Menneteau est l’un des cinq derniers niortais à posséder une voiture Barré.

L’audace de Landry Brivin (1921-1978)
En 1921, Landry Brivin, fils d'un notaire de Luçon, s'installe à Niort, au 23 rue de Romagné puis, en 1924, avenue de Paris sur l'ancien parc à fourrages de l’armée. Après la Première Guerre mondiale, il achète des camions revendus par les armées (américaine surtout) pour créer des lignes d’autobus afin de compléter les lignes ferroviaires qui ne desservent pas toutes les communes. Ses premiers bus sont montés sur des châssis de camions à bandages caoutchoutés et éclairés à l’acétylène (gaz inflammable). Ses cars verts assurent un transport de Niort vers Angers, Nantes, Limoges et la Roche-sur-Yon. En 1930, il s’occupe du service de la poste automobile rurale dans tout le département des Deux-Sèvres. Grâce à la modernisation des véhicules et à la création d'un service de messageries sur toute la France en 1950, l'entreprise se développe. En 1960, avec 650 employés, 70 cars verts et blancs et de nombreux camions, Brivin devient l'une des plus importantes sociétés de Niort. Ensuite, il se lance dans le transport international. Son fondateur décède en 1967. La société est reprise en 1978 par les établissements Mory-Team (frêt national - 209, rue Jean Jaurès). Les bus sont rachetés par la Ville deux ans après.

Les transports Baillon (1945-1978) : un autodidacte ingénieux
Jusqu’en 1977, Roger Baillon construit à Niort des camions qu’il loue à des entreprises. Dès 1945, il récupère des camions abandonnés par l’armée allemande ou bien les rachète aux Américains. Il roule même en voiture de sport à la recherche d’épaves dans le but de les transformer en poids lourds. Il se fait un nom au salon de l’auto de 1947 en exposant une automobile de prestige fabriquée de ses propres mains ! Il présente trois ans après un camion révolutionnaire la Micheline, première cabine avancée de l’industrie du transport. Dans les années 1960, Baillon quitte la rue Paul Bert pour installer son atelier avenue de Paris où travaillent jusqu’à 200 mécaniciens, tourneurs, chaudronniers et tôliers. L’atelier, véritable cathédrale de verre, est conçu et assemblé par son personnel. Dès 1965, ses camions se rendent jusqu’au Portugal à une époque où il faut 12 heures de route pour parcourir Niort-Paris. L’entreprise ferme définitivement ses portes en 1978 suite à la perte du contrat dans lequel elle assure le transport avec ses camions-citernes de solvants fabriqués à Melle.

La filière bois

Dans le département des Deux-Sèvres, le bois est fourni par les multiples haies du Bocage, les peupliers du Marais Poitevin, les nombreuses petites forêts disséminées sur tout le territoire : forêt de Chizé, de l'Hermitain, d'Oiron, de Secondigny... La vallée de la Sèvre, de Saint-Maixent jusqu'aux limites maraîchines du département, en passant par La Crèche, Niort et Le Vanneau, est la vallée du bois. L’industrie du bois s’est surtout développée pendant l’Entre-Deux-Guerres, à un moment où l’industrie laitière prend son essor et où le département a grand besoin de boîtes à fromages et de paniers à beurre. Bientôt, la gamme est  élargie à tous les emballages en bois. Certaines entreprises disparaissent, tuées par la guerre ou par la concurrence du carton et des matières plastiques. D’autres survivent en s’orientant vers d’autres productions.

La société niortaise Rougier, d’une dimension locale à une envergure mondiale
Le normand Alexandre Rougier fonde en 1923 son entreprise à Magné pour le sciage du bois et la fabrication de boîtes à fromages distribuées à l’industrie laitière. En 1928, son usine-mère est créée rue St-Symphorien, à St-Florent, à Niort. Dès 1930, la société se convertit à la fabrication du contreplaqué et importe par le port de La Pallice des bois exotiques (Okoumé du Gabon) car la production du Marais ne suffit plus. A la veille de la guerre, Rougier emploie 400 personnes. Tout en conservant le contreplaqué, la firme s’oriente après 1945 vers le panneau de particules, appelé communément aggloméré. Elle s’implante au Gabon en 1953 et devient le 1er employeur de Niort avec 700 salariés (100 de plus trois ans après). En 1959, l’entreprise est cotée en bourse. Elle prend une envergure internationale avec 5 unités de production à Niort (entre l’avenue de La Rochelle et la rue St-Symphorien) ; 5 filiales en France et 5 à l’étranger dont 4 en Afrique. La firme s’installe au Cameroun en 1963. Sept ans après, Rougier est le n°1 européen des fabricants de contreplaqués exotiques et d’agglomérés. Dans les années 1970, il emploie 1.500 salariés (près de 5.000 en 1980 dont 1.500 à Niort). Le groupe vend en 1982 son fonds de commerce niortais à St-Gobain qui crée ROL. Les unités industrielles arrêtent de tourner en 1993. Depuis 1995, la société, dont le siège est toujours à Niort, s’engage dans une politique de gestion durable (prélèvement d’un arbre par ha tous les 25 à 30 ans). En 2008, elle compte 3.000 employés dont 1.500 au Gabon, exploite une surface de forêts tropicales équivalente à la Bretagne et commercialise 70 essences de bois exotiques dans 50 pays.

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