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La Villa Pérochon, la maison d’un Goncourt

Curiosité Frédéric - assistant base de données et TIC Par Frédéric - assistant base de données et TIC, le 05 octobre 2018

Le Centre d’art contemporain photographique de Niort reçoit en 2018 du Ministère de la Culture le label « centre d’art contemporain d’intérêt national ». La même année, La Geste édite l’ouvrage « Dans la maison d’un Goncourt, la Villa Pérochon » de Fabien Bonnet et d’Alexandre Giraud (en vente au prix de 20 € à l’Office de Tourisme de Niort, 2 rue Brisson) : une occasion idéale pour évoquer dans cet article la vie et l’œuvre d’Ernest Pérochon, Prix Goncourt 1920, qui a vécu jusqu’à sa mort au 25 avenue de Limoges qui est, depuis 2013, la Villa éponyme, lieu-totem de la photographie.

Ernest Pérochon, né le 24 février 1885, à Courlay, dans le bocage bressuirais, « Pays de granit et de chêne », est l’aîné de trois garçons qui seront aussi enseignants. Ses parents, Zéphirin et Célestine, de confession protestante libérale et cultivateurs, travaillent pour le compte d’un propriétaire dans la ferme appelée « Le Tyran ». Il est élevé aux travaux des champs et apprend, dès l’âge de 4 ans, à lire dans la Bible familiale, « le plus beau livre de la littérature mondiale » selon lui.

Premier du canton au certificat d’études à l’école publique de la Tour-Nivelle, ouverte l’année de sa naissance, il entre en 1897 à l’Ecole Primaire Supérieure de Bressuire. Aussi doué en sciences qu’en lettres, ses rédactions figurent au Cahier d’honneur et son instituteur décrit un « Elève très intelligent. Devrait réussir, surtout en maths » si bien qu’il est exhorté à tenter l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. Mais, sa santé déficiente lui interdit de poursuivre des études aussi longues et pénibles. A nouveau premier de sa promotion à l’Ecole Normale de Parthenay, il est nommé instituteur-adjoint à Courlay, puis, en 1904, délégué pour enseigner le français à l’Ecole Primaire Supérieure, annexe du collège de Parthenay (actuel lycée Ernest Pérochon), avant de faire son service militaire au 114ème Régiment d’Infanterie de Saint-Maixent.
En 1907, il épouse Vanda Houmeau, institutrice laïque comme lui. Tous deux sont nommés à Saint-Paul-en-Gâtine. Un an après, naît leur fille Simone.

Après une publication à compte d’auteur chez le niortais Clouzot de ses poèmes « Chansons alternées » et « Flûtes et Bourdons », son premier roman « Les Creux de maisons » paraît en feuilleton dans le journal socialiste « L’Humanité » de Jean Jaurès.

En 1914, Vanda et Ernest sont mutés à Vouillé dont aujourd’hui le groupe scolaire, la bibliothèque et une rue portent son nom.

Soldat au 114ème R.I., il est pris d’une crise cardiaque aiguë sur le front lorrain en étant le témoin de la mort d’un ami tué par un obus. Il est hospitalisé à Parthenay, puis, une fois sur pied, affecté en Lorraine au service auxiliaire en tant que vaguemestre. En 1917, il est à nouveau alité pour une phlébite avec menace d’embolie. Il est de retour à Vouillé l’année suivante.

Auréolé du prix Goncourt 1920 pour « Nêne », un mélodrame qui sera porté sur le Grand Ecran en 1923, il devient ainsi le premier académicien Goncourt des Deux-Sèvres et le deuxième instituteur à l’obtenir après Pergaud en 1910.
L’année suivante, il quitte l’enseignement, mais pas l’instruction publique qui est, pour lui, la voie de la justice sociale et du progrès ; s’installe à Niort, 1 rue de la Quintinie, actuelle avenue des Martyrs de la Résistance. Il écrit un nouveau roman presque tous les ans !
Nommé en 1925 à la Commission administrative de la bibliothèque municipale (instance réglementaire de gestion et de contrôle de ce service culturel pour décider de l’emploi des crédits et procéder au choix des acquisitions), il demande l’intégration aux collections communales des fonds de l’ancienne bibliothèque populaire créée par la Ligue de l’Enseignement. En 1937, il préside à la création de la première bibliothèque publique moderne du Centre-Ouest avec l’ouverture d’une section spéciale de lecture populaire offrant « au grand public plus de facilités pour obtenir les livres qu’il désire ».

La famille s’installe en 1927 au n°25 de l’avenue de Limoges.
Deux ans plus tard, à l’hôtel du Raisin de Bourgogne (actuelle Galerie Hugo sise rue Victor Hugo), il est reçu chevalier de la Légion d’honneur par Maurice Le Blond, gendre d’Emile Zola, à l’occasion d’un banquet préparé par ses amis enseignants Jarry et Soyer.

Contacté en 1940 par le romancier ruraliste réactionnaire Alphonse de Châteaubriant, il refuse de collaborer à la presse (« La Gerbe » ou « L’Atlantique ») et à la radio de Vichy pour parler des camps de jeunesse et de l’Europe. Auparavant, il boycotte une tournée de conférences en Allemagne nazie. On cherche à le faire démissionner du conseil d’administration du lycée de jeunes filles (le musée Bernard d’Agesci aujourd’hui). Sont interdits « A l’ombre des ailes » qui évoque un Anglais sympathique et montre l’illustration d’une famille écoutant une émission devant un poste de TSF et « La Parcelle 32 » qui emploie le mot « boche » et exulte, d’après la censure allemande, la résistance de la paysannerie française pendant la Grande Guerre.
En janvier 1942, dénoncé comme « gaulliste, propagandiste et agitateur de la jeunesse », il est menacé par le préfet et la gestapo. Lors de sa dernière entrevue, il s’exclame qu’il préférerait briser sa plume. Dissimulant son angoisse à sa famille, il meurt le 10 février d’une crise cardiaque, avant sa déportation programmée.
Son inhumation au cimetière Cadet, rue de Bellune, se déroule sans obsèques officielles. Sa tombe sera fleurie clandestinement par des écolières et leur institutrice.

En 1946, son patronyme est donné à la rue située près de La Poste de Niort, puis, quelques années plus tard, à un groupe scolaire (rue Max Linder), au lycée de Parthenay et à des collèges et groupes scolaires de Cerizay, Vouillé et Poitiers.
A l’Ecole Normale de Parthenay, une plaque du souvenir est inaugurée en 1953 sous le patronage de l’écrivain Jacques Nanteuil, vice-président de l’Amicale des Anciens Elèves fondée en 1942 (Pérochon a occupé la même fonction) et l’historien Georges-Julia Picard.
Grâce au comité pour l’érection d’un monument du souvenir dirigé par M. Lallemand, inspecteur de l’enseignement primaire, une stèle, réalisée par Albert Boquillon, premier Grand Prix de Rome, est posée en 1970, rue Ernest Pérochon, à Niort. L’allocution est prononcée par Jean-Albert Sorel représentant la Société des Gens de lettres et Louis-Gabriel Robinet, directeur du Figaro.
Enfin, en 2010, un des sept bâtiments du nouveau Conseil Général des Deux-Sèvres prend son nom.

Le roman « Les Gardiennes », paru en 1924 et vendu à 100.000 exemplaires, est écranifié par le réalisateur Xavier Beauvois, grand prix du jury à Cannes pour « Des hommes et des dieux » en 2010. C’était déjà le projet d’adaptation du cinéaste niortais Henri-Georges Clouzot avorté par la Seconde Guerre mondiale.
Son septième long-métrage, de dimension documentaire, est tourné en 2016 dans le Montmorillonnais, la Haute-Vienne et l’Indre et non dans le Marais poitevin où se déroule l’action. Mais, comme le précise Jane Debenest, petite-fille de l’écrivain : « Que le film se passe ailleurs est important. Cela prouve que l’étiquette d’écrivain régionaliste, que certains ont voulu coller à grand-père, n’était pas justifiée ». Elle complète en affirmant qu’Ernest Pérochon a, dans son œuvre, su observer ses contemporains en véritable sociologue. « C’est encore plus évident dans « La Parcelle 32 » et « Bernard l’Ours et la torpédo camionnette ».
Sorti en 2017, ce film, avec Nathalie Baye et Laura Smet, sa fille dans la vie comme à l’écran à qui elle donne la réplique pour la première fois, narre le rôle héroïque des femmes dans les campagnes durant la Première Guerre Mondiale, à la fois s'attelant elles-mêmes à la charrue, faute de chevaux et pariant sur la modernisation des fermes, parfois incomprise des hommes à leur retour.

La semaine prochaine, mon article de blog évoquera la Villa Pérochon en tant que Centre d’Art Contemporain Photographique.

Crédits photos : buste d’Ernest Pérochon par Léon Salvan (musée Bernard d'Agesci, Niort), couverture du roman « Nêne » d’Ernest Pérochon (Plon, 1920) et du livre « Dans la maison d’un Goncourt, la Villa Pérochon » de Fabien Bonnet et d’Alexandre Giraud (La Geste, 2018), affiche du film « Les Gardiennes » de Xavier Beauvois (2017).

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