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La Villa Pérochon, une maison dédiée à l’art de la photographie

Curiosité Frédéric - assistant base de données et TIC Par Frédéric - assistant base de données et TIC, le 12 octobre 2018

Mon précédent article narre la vie et l’œuvre du romancier goncourisé Ernest Pérochon. Aujourd’hui est mise à l’honneur sa demeure familiale niortaise. Rendez-vous est donné au n°25 avenue de Limoges (l'entrée actuelle s'effectue par le 64 rue Paul-François Proust). L’illustre deux-sévrien y vit de 1927 jusqu’à sa mort survenue en 1942. Bâtie en 1890, cette maison bourgeoise de vingt pièces est agrémentée, à l’époque, d’un petit parc anglais planté d'ifs, de marronniers et d’un gros tilleul, sans oublier la volière des poules rousses et des pigeons paons blancs, les toits à lapins, un appentis en bois sous lequel la brouette est rangée, une serre où l’écrivain a installé une petite table afin de rédiger ses romans. Aux heures chaudes de l’été, il se plaisait également à siester à l’abri des regards, la tête posée sur un arrosoir en zinc. Le décor est posé !
Trois générations y vivent. Ses petits-enfants, Jane et Jean Debenest, y sont nés. Beaucoup d’écrivains y viennent rencontrer le prix Goncourt, notamment Georges Simenon, le père du commissaire Maigret ; trois à quatre fois par an, la fille d’Emile Zola, marraine de Jane et son époux, Maurice Le Blond né à Niort.
Lors de la débâcle de mai-juin 1940, l’hospitalité est offerte à plusieurs réfugiés, puis la famille accueille aussi des juifs dont la tante du journaliste Pierre Lazareff, futur directeur de France-Soir, qui sera arrêtée par la gendarmerie en janvier 1944 et accompagnée jusqu’au train de la mort par Simone, la fille du romancier. Deux Allemands de la Kommandantur tentent également - en vain - de réquisitionner une chambre !
Une plaque commémorative est posée sur la façade de sa maison en 1946.
Durant sa vie niortaise, Ernest Pérochon est un lecteur journalier de la bibliothèque municipale, bridgeur le jeudi après-midi attablé au café de la Brèche en compagnie de trois amis instituteurs, pêcheur de gardons à Coulon et à La Garette. Il achète son tabac et la presse à « La Civette », chez son ami buraliste Guy Guilloteau, résistant et compagnon de captivité de Delphin Debenest (gendre de l’homme de plume) qui meurt en déportation à Buchenwald. Lors de ses trajets familiers, il circule toujours à bicyclette depuis une mésaventure à Paris où, transporté depuis la gare par un taxi pour aller chercher sa première voiture, celui-ci écrase un piéton. Refroidi par cet évènement, il retourne à Niort sans son véhicule !

Fin 2002, la maison, idéalement située proche de la gare et en face du musée Bernard d’Agesci, est léguée à la Ville de Niort. Moins de deux ans plus tard, des lectures publiques et une exposition sont proposées au grand public au début de l’été.
En 2011, le ministère de la Culture reconnaît le projet d’implantation d’un Centre d’art contemporain photographique (CACP) dont la direction artistique est confiée à l’association « Pour l’Instant » (*).
Il ouvre officiellement ses portes en avril 2013 au 64 rue Paul-François Proust avec les « Rencontres de la jeune photographie internationale », clef de voûte du programme annuel de l’association. La même année, pour la première saison, « Un été à la villa », exposition à rayonnement national, est mis sur pied avec une sélection du Pôle d’images de Haute-Normandie.
Ainsi, la Villa Pérochon devient l’un des six centres d’art photographique français et le seul dans le Grand Ouest, de Bordeaux à Nantes et de La Rochelle à Limoges ! Lieu permanent de création et d’exposition, elle présente en rez-de-jardin une galerie de 120 m2 répartie en 4 salles offrant 100 mètres linéaires d'accrochage.
En 2015, est remis à la municipalité le prix départemental des « Rubans du patrimoine » organisé par la Fédération française du bâtiment, l’Association des maires de France, la Fondation du Patrimoine et la Caisse d'Epargne pour la récompenser d’avoir réhabilité la Villa Pérochon en centre d'art contemporain dédié à la photographie ; puis, cette année, celle-ci reçoit du ministère de la Culture le label « centre d’art contemporain d’intérêt national », un « sceau » estampillant le travail de « Pour l’Instant » qui gère la structure, la recherche et l’expérimentation photographique, la promotion de jeunes artistes et la médiation culturelle. Elle demeure aujourd’hui le quatrième établissement à être distingué de cette reconnaissance, le premier en Nouvelle-Aquitaine et l’unique dans le domaine de la photographie !

(*)
A l’origine, un collectif d’amateurs s’est constitué en 1989 pour accueillir en résidence les jeunes artistes photographes du festival « L’Europe d’Art d’Art » organisé jusqu’en 1993 par la Ville de Niort. Un an après, sont déposés les statuts de l’association « Pour l’Instant » et lancées les premières « Rencontres photographiques européennes d’été ». En 2007, l’association est reconnue d’intérêt général et la manifestation devient les « Rencontres de la jeune photographie internationale ».
Par ailleurs, « Pour l’Instant » propose, à deux pas du Centre d’Action Culturel (CAC) - «  Moulin du Roc » et de Port Boinot, un atelier de création dénommé « coin photo » afin de soutenir des projets d’artistes et de développer des ateliers de pratiques pour les scolaires et tous publics. C’est à la fois un atelier de production et de formation à l’image et à la technique photographique.

Crédits photos : Exposition "Je ne suis pas mort, la famille va bien" d'Anne Leroy (Villa Pérochon, 2018), la galerie du rez-de-jardin (Alexandre Giraud).

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