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Port Boinot, divine idylle avec la ville !

Curiosité Frédéric - assistant base de données et TIC Par Frédéric - assistant base de données et TIC, le 03 août 2018

Imaginez la tremblante émotion ressentie par l’archéologue de l’Inrap* quand, en janvier 2018, elle extrait pieusement du ventre de l’ancienne chamoiserie-ganterie Boinot des vestiges antiques datés de la fin du 1er siècle avant notre ère jusqu’au milieu du 2ème siècle de notre ère. Les archives du sol ne sont pas restées lettre morte !
*Institut national de recherches archéologiques préventives.

Un bâtiment est mis au jour dans la tranchée nord du bief du moulin, édifié sur une épaisse plateforme et dont l’occupation semble brève. De même, un fossé au sud du bras usinier est bordé à l’est par un chemin dirigé vers la Sèvre Niortaise en un point où des monnaies sont découvertes au XIXème siècle lors de la construction des Ponts Main ; suggérant un franchissement du fleuve.

Ce fossé est situé à côté d’un édifice du 1er siècle détruit au milieu du 2ème siècle et contre le mur nord duquel des divinités gallo-romaines de la fin du 1er siècle étaient comme assoupies ; 110 kg de fragments sculptés en calcaire dont l’hypnotique visage d’Épona intimement lié à une tête de cheval !
Par tradition, la déesse des équidés et des voyageurs est représentée assise en amazone sur sa monture ou encadrée par plusieurs chevaux qu’elle nourrit. Ici, la composition iconographique est rare et à rattacher à une petite série de témoignages où elle est à côté de son cheval. En outre, elle est taillée en ronde-bosse alors que la majorité des modèles connus sont en relief. Pour finir, l’Épona de Novum Ritum* demeure l’une des plus imposantes statues connue à ce jour sur la Cité des Pictons !
Une deuxième déesse à la longue chevelure et une double statue figurant à l’origine des déesses-mères et dont il ne subsiste aujourd’hui que les pieds chaussés accompagnaient également Épona dans sa gangue, tombeau de terre de plus de 2000 ans, la plus ancienne trouvaille à l’échelle de la ville !
*Novum Ritum, signifiant nouveau gué, évolue avec le temps et en se contractant donnera son nom à la ville de Niort.

Ces statues, peut-être ciselées par des sculpteurs itinérants, ont certainement été financées par une souscription publique ou un riche notable de Niort appelé évergète, une sorte de mécène privé. L’évergétisme est, par définition, le financement de travaux par les notables respectant ainsi une tradition édilitaire typiquement romaine ; l’implication de la noblesse de souche gauloise dans le processus de romanisation étant un vecteur déterminant pour le développement des provinces conquises et un gage d’intégration réussie pour Rome.

Que recherchait donc le dévot dans ce sanctuaire ? Il contractualisait un vœu de réussite dans ses travaux agraires ou artisanaux et offrait une image (en terre cuite, bois ou bronze) ou de la nourriture à la divinité s’il était exaucé. Croyant que les déesses s’incarnaient parfois dans leurs effigies pour partager les banquets des humains, les Romains les honoraient donc avec du vin versé sur le sol, des céréales, de la viande cuite et de l’encens.

Épona et ses suivantes ont été redisposées (bases orientées face à l’est) après avoir été volontairement décapitées (leurs têtes symbolisant leur essence et pouvoir) et leurs attributs détruits. Elles ont ainsi été désacralisées avant leur dépose rituelle marquant l'abandon de ce sanctuaire périurbain comme celui du Pain-Perdu, repéré au XIXème siècle et fouillé dans les années 70, qui était jusqu’à présent le seul connu de la ville antique.
C’est la conséquence de phases de bouleversement d’un site où s’élevait de la statuaire qui, au lieu d’être réemployée dans une construction, était brisée et ses fragments dispersés dans des fosses, car les sculptures figurant des dieux ou des déesses ont un caractère inaliénable, c’est-à-dire qu’elles sont la propriété d’une ou plusieurs divinités. Le rituel de désacralisation et d’enfouissement était respecté afin de ne pas risquer la colère divine !

Si cette vieille histoire vous a plu, rendez-vous jusqu’au 2 septembre au musée Bernard d’Agesci pour un tête à tête avec ces divinités niortaises.
Et qui sait, nos déesses chéries pourraient à nouveau renaître là où elles sont nées en devenant le totem du futur centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine du Pays d’art et d’histoire de la Communauté d’Agglomération du Niortais à Port Boinot : une divine idylle avec la ville et le territoire qui ne demande qu’à s’éterniser deux millénaires de plus !

Crédits photos : INRAP, A. Bolle ; Niort Agglo, O. Drilhon

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