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Saint-Gelais

Saint-Gelais au Péril des Dragons

Divisé en quatre hameaux (Le Bourg, Bourbias, Quéray et Chalusson), le bourg est étagé au flanc d’un coteau dominant la rive gauche de la Sèvre Niortaise. Le premier seigneur de Saint-Gelais est Hugues de Lusignan. Le château de style Renaissance est bâti par le protestant Charles V de St-Gelais en contrebas d’un premier château fortifié au XIIème siècle. La coupe et la corbeille de la Sainte Cène sculptées au faîte du pignon sud témoignent que le culte calviniste y est célébré jusqu’en 1643, son propriétaire étant devenu catholique. La même année, le procureur du roi de Saint-Maixent défend de couvrir le temple presque terminé. Jusqu’à son interdiction en 1665, le prêche est alors pratiqué à Cherveux par le pasteur Jacques Chalmot, seigneur du Teil. Puis, à partir de 1681, commencent les terribles exactions des Dragons du roi Louis XIV venus appuyer le recouvrement de la taille et forçant les hérétiques à la conversion… Bien après l’édit de tolérance de 1787 et le Concordat de 1801, le conseil municipal vote en 1844 la construction d’un nouveau temple protestant (inscrit en 1998). Financé par l’Etat et une souscription publique, il est ouvert en 1849. Unique en Poitou, il est de forme circulaire afin de rappeler que les membres de la communauté sont égaux et n’ont pas de clergé. En 2009, pour fêter les 900 ans de la commune, est inauguré le chemin patrimonial La terre et l'eau qui permet en 9 étapes d’en découvrir les trésors historiques et architecturaux. Le voyage dans le temps s’achève à la fontaine Mélusine, clin d’œil à la vieille filiation symbolique des Lusignan-Saint-Gelais au plus célèbre personnage légendaire du Poitou. En 2015, St-Gelais reçoit son 1er papillon dans le cadre de la charte régionale Terre saine (réduction des pesticides) et obtient une fleur dans le cadre des Villes et Villages Fleuris.

Autres curiosités à voir :

  • L’église Saint-Gelais du XIIème siècle
    (Monument historique, façade de style gothique flamboyant)
  • Les logis
  • Les fontaines, lavoirs et puits
  • La prairie de la Futaie 
    (lieu de promenade, de détente et de festivités)

L’église Saint-Gelais

Gelasius est à la fin du IVème siècle le successeur d’Hilaire, évangélisateur du Poitou. L’église, qui lui est dédiée, est élevée en 1109 par Raoul de Lusignan dit le Brun, près du prieuré dont elle dépend. Sa partie la plus ancienne, chevet et chœur, est tout à fait représentative de l’art roman. La façade, plus récente, avec son élégant portail, est de style gothique flamboyant et est sans doute reconstruite, comme la nef, à la fin du XVème siècle. Depuis le parvis, on voit les larges contreforts placés en appui des piliers, et le clocher, tour carrée massive flanquée sur l’un de ses côtés d’une tourelle terminée par un cône de pierre. Située en haut de la rue de la Cueille-Saint-Jacques, elle accueille les pèlerins descendant de Parthenay en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle. L’ensemble de l’édifice a à pâlir de la confrontation avec les protestants dès le milieu du XVIème siècle : effondrement du transept nord et des voûtes d’ogives sans doute pendant les guerres de Religion, traces d’incendie au-dessus des voûtes du clocher, renforcement défensif des fenêtres du chœur. A l’intérieur, quelques chapiteaux remarquables, dont le « singe laid », perché sur sa colonne, à droite de l’entrée, et à la croisée des voûtes, le blason des Lusignan surmonté de Mélusine, la fée du Poitou et leur ancêtre mythique. A voir également la chapelle des seigneurs de Suiré et ses trois dalles funéraires, à droite du chœur, et à sa gauche, la chapelle de Toquemay, utilisée comme sacristie. Une crypte abritant des cercueils de plomb est découverte sous le chœur en 1973. Une dalle couvre l’escalier. Elle porte par-dessous le blason des Saint-Gelais, sans doute soucieux de ne pas attirer l’attention sur une sépulture protestante. L’église, pillée pendant la Révolution, et le prieuré sont vendus en 1791 comme biens nationaux. Elle subit tout au long du XIXème siècle et au début du XXème siècle une lente dégradation, et compte-tenu des risques qu’encourent les fidèles, elle est fermée au culte en 1933, ce qui donne lieu à une polémique dans le bulletin paroissial. Le délabrement et l’abandon de l’édifice se poursuivent longtemps encore après la fermeture, avant que les travaux de réhabilitation ne soient entrepris en 1962. Les Gélasiens d’alors se souviennent encore du lierre qui envahit les murs du chœur et des arbres qui poussent dans la nef à ciel ouvert, comme l’atteste une carte postale de 1950. Elle est néanmoins classée comme Monument historique en 1945. Bravant l’interdiction d’accès, un garçon grimpe au clocher à la Libération et sonne les cloches pour annoncer la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux conduisent à sa réouverture partielle en 1965 et la restauration est définitivement achevée en 1998. Rare dans la région, son chœur est couvert de lauzes. Il est à signaler que pendant les années de fermeture, le culte catholique se pratique à Saint-Gelais dans la chapelle, une pièce d’une maison du bourg, mise à la disposition de la paroisse par une famille de fidèles. Vu l’exiguïté de ce local, la plupart des mariages et autres cérémonies se déroulent dans l’église d’Echiré.

Le temple protestant

Au XVIIème siècle, après la mort d’Henri IV, les droits des protestants sont remis en cause progressivement. Charles VI de Saint-Gelais, petit-fils de Louis de Saint-Gelais, interdit le culte protestant en 1643 et fait détruire le temple en construction qui n’est pas à l’emplacement actuel. Il est fait marquis en 1659 pour ces bons et loyaux services. Pourtant, l’exercice de la Religion Prétendue Réformée est autorisé par l’Edit de Nantes de 1598 aux lieux où il est publiquement pratiqué. Les dragonnades débutent en 1681 et s’amplifient en 1685 avec la révocation de l’Edit de Nantes. Ces persécutions sont exercées par les dragons du roi Louis XIV qui logent chez les réformés, les pillent, les ruinent et les maltraitent jusqu’à ce que les malheureux abjurent. C’est ainsi qu’à Saint-Gelais, qui compte un peu moins de 800 habitants, 436 adultes et enfants renoncent à leur foi huguenote. Ceux qui veulent continuer de pratiquer se réunissent secrètement dans les assemblées au désert, munis de leurs méreaux, jetons de présence et signe d’appartenance à la communauté protestante. Le début de la reconstruction des temples du Poitou s’opère en 1828. En 1844, le conseil municipal décide l’édification du temple actuel, financé par l’Etat, la commune et par le biais d’une souscription publique. Les protestants de Saint-Gelais participent activement à sa construction. Bâti selon les plans de l’architecte Charles-François Chavonet, il est ouvert au culte en 1849. Un défaut de mise en œuvre de la voûte rend les paroles inaudibles, si bien que des travaux de réfection sont entrepris dès 1851. Il est inscrit sur la liste supplémentaire des Monuments historiques en 1998. Sa forme est unique en Poitou : circulaire pour rappeler symboliquement que les membres de la communauté sont égaux et n’ont pas de clergé. Sans fenêtres latérales, il est recouvert d’une coupole hémisphérique ouverte d’une lunette avec châssis vitré. La lumière vient d’en haut, tout comme celle de la révélation. Il a pour seul décor un cartouche au-dessus de la porte, sommé de deux volutes et d’une croix huguenote, dans lequel on peut lire : Celui qui croit au fils a la vie éternelle. Insolite : la faucille et le marteau sur le mur extérieur, côté rue Charles-Magnan.

Le château Renaissance

Son bâtisseur est Charles V de Saint-Gelais (1507-1558), descendant de Raoul de Lusignan. La construction du château de style Renaissance débute vers 1530. A l’origine, une tour d’entrée donne à sa droite sur un bâtiment exposé à l’est. De cette première demeure sans fortifications, il ne reste qu’une grande salle chauffée par une cheminée dont le manteau caractérise la première Renaissance française. Vingt ans plus tard, Charles V fait agrandir l’édifice en lui ajoutant une aile perpendiculaire. C’est la seule qui survit aux guerres de Religion et qu’on peut admirer aujourd’hui. Sa façade présente au premier étage des fenêtres à meneaux, elles-mêmes surmontées par des lucarnes à meneaux. La présence de la coupe et de l’assiette au faîte du pignon sud-est signifie que l’on pouvait recevoir dans ce château le pain et le vin de la Sainte Cène et atteste qu’on y pratiquait le culte de l’Eglise Réformée. C’est en revenant à Saint-Gelais, après l’un des sièges qu’il a subi de 1569 à 1585 en son château de Cherveux, que Louis de Saint-Gelais, fils de Charles V, découvre son château partiellement détruit par les catholiques : une partie de la tour et de son escalier à vis, ainsi que l’aile de 1530. En 1710, le marquisat du château échoit à Jeanne-Marie de Saint-Gelais-Lusignan, petite cousine de Charles VII sans postérité. La dernière marquise du château est Marie-Félicité du Plessis-Chatillon, épouse de Charles de Narbonne-Pelet. Elle périt guillotinée le 8 thermidor an II (26 juillet 1794) à Paris. Le château et ses dépendances sont alors mis en vente comme biens nationaux. Ne trouvant pas d’acquéreur, ils sont restitués aux héritiers, la famille Voyer d’Argenson. Il est ensuite acheté le 9 mars 1808 par un marchand niortais, Jacques Gaignard. Officier à la guerre de 1870, son petit-fils Raoul, peintre et sculpteur, entreprend de restaurer en 1883 l’aile du château détruite au XVIème siècle. Hilaire (1884-1964), fils de Raoul, a 8 ans quand il perd sa mère. Il se passionne pour l’automobile et, avec son père, est l’inventeur vers 1905 du pneu d’acier monté sur ressorts. Egalement fan d’aviation, il organise à Niort, en 1910, le 3ème meeting aérien de France. Homme de mouvement, il sacrifie sa fortune et le château à ses rêves de progrès. Il est contraint de tout vendre, fait démolir l’œuvre de son père et en vend les pierres. La destruction de l’aile nord permet l’ouverture vers 1920 d’une nouvelle route vers Echiré, l’actuelle rue Raoul Gaignard. Cette propriété privée est classée Monument historique en 1978 (élévation, toiture, escalier à vis de la tour, cheminées et décor intérieur).

Un extrait tiré de La vie d’un héros, Agrippa d’Aubigné, S. Rocheblave, Hachette, 1913

En 1577, Agrippa d’Aubigné (futur grand-père de Madame de Maintenon), poète et historien, écuyer d’Henri de Navarre, après une brouille avec celui-ci, voulut tout quitter pour aller servir le duc Jean-Casimir de Bavière. Avant de partir, il vint faire ses adieux à son ami Louis de Saint-Gelais, mais "arrivant à Saint-Gelais, même avant de descendre de cheval, il vit par une fenêtre Suzanne de Lezay de la maison de Vivonne, de l’amour de laquelle il fut tellement picqué, qu’il trouva son Allemagne chez les sieurs de Saint-Gelais et de la Boulaye…". Il l’épousera 6 ans plus tard.

La Futaie

Délimité par deux allées de platanes sur chacun de ses côtés, le parc du château s’étend dans le prolongement de l’édifice jusqu’à la Sèvre Niortaise, avant que ne soit construite la route reliant Saint-Gelais à Echiré. A l’origine, surface boisée d’arbres de haute futaie, elle est aujourd’hui une vaste prairie communale de 6 hectares en partie recouverte d’une peupleraie récemment plantée. L’arrivée par les Trimardières permet de remonter le fleuve à contre-courant et de bénéficier d’un vue sur le pont à deux arches enjambant le cours d’eau en son point le plus profond (la Grand-Fosse). Un regard circulaire évoque l’ensemble des activités liées autrefois à la présence du courant : la pêche, avec à droite le gardou, ancien vivier à poissons des châtelains, en face les deux moulins actionnés par l’eau, à blé du côté droit de la route, à drap de l’autre côté, le lavoir dit du gué de Saint-Gelais, avec son toit d’ardoises, utilisé encore par les lavandières jusque dans les années 1960. Sur l’autre rive, la prairie de la Sauzée, théâtre en juillet 1913 d’un mémorable meeting d’aviation à l’initiative d’Hilaire Gaignard. Des milliers de spectateurs s’y pressèrent. Tournant le dos à la rivière, on embrasse du regard les monuments de la commune, avec de droite à gauche, le château, le temple et l’église qui dominent la vallée. L’ancienne grange est construite à l’emplacement de l’église primitive Sainte-Marie. Les fouilles archéologiques réalisées à proximité en 1967, suite à la découverte fortuite d’ossements et de sépultures, attestent la présence d’une nécropole aux origines très anciennes. Le socle carré sur le parvis de l’ancienne grange, vestige du puits dit de la Chapelle, évoque aussi l’implantation de cette première église paroissiale, bien antérieure à la fondation du prieuré et à la construction au XIIème siècle de l’église actuelle. L’aménagement en 2004 du site naturel et la transformation de la grange en espace d’animation et de culture confirment la destination coutumière de ce site comme lieu de promenade, de détente et de festivités : kermesses paroissiales d’antan, spectacles d’été du Foyer Gélasien ou repas champêtre autour de la traditionnelle tourtière.

Le lavoir de la Fuye

Il est situé à l’entrée nord du village. Le ruisseau qui le dessert est alimenté par la source des Gonnières et le courant souterrain de la vallée de Pelle-Chat. Côté nord du lavoir, on aperçoit l’empilement des maisons du village de la Fuye, nom rappelant l’existence ancienne d’un vaste pigeonnier, aujourd’hui disparu. Dans la partie basse du village, se trouvait le couvent, ancienne école catholique des religieuses de l’Immaculée Conception qui ferme suite à la loi du 7 juillet 1904 interdisant aux congrégations d’enseigner. A l’est, le Luc pourrait être le premier village bâti autour de la source et d’un centre religieux, et s’étendant jusqu’à sa place forte, Brigeon (du celte briga : colline, forteresse). A proximité des villages et d’accès facile, le lavoir est utilisé jusque dans les années 1960. Les ménagères et domestiques venaient y rincer leur linge, le courant y est léger et l’eau claire. Une à deux fois par an, avait lieu la grande lessive, la bugeaille. Les lavandières faisaient bouillir l’ensemble du linge blanc dans des ponnes en pierre. Elles y mettaient les draps, les chemises, les torchons et le reste du linge. Elles y ajoutaient des herbes aromatiques et de la cendre de bois, afin de blanchir le linge, le tout devant bouillir longuement pour permettre le décrassage des vêtements. Ensuite, les femmes transportaient au lavoir l’ensemble du linge dans des brouettes au plancher ajouré et s’agenouillaient dans des geneillins (caisse en bois garnie de paille) afin de se protéger les genoux. Elles lavaient les dernières tâches tenaces avec de gros morceaux de savon et battaient le linge avec le battou (battoir) pour en extirper la saleté, puis le rinçaient dans l’eau claire. Le linge était alors replié, puis disposé dans les brouettes. Malgré la pénibilité, les conversations allaient bon train. Ce lieu permettait un véritable échange entre les habitants. Leur labeur accompli, elles remontaient au village et étendaient le linge sur l’herbe des près pour le faire sécher.

Localisation

France
46° 22' 52.4352" N, 0° 23' 17.5776" W
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